Retour à Verdun

Je me suis souvent imaginé ce jour de retour en France au milieu de l’hiver. Avec naturellement l’alternative suivante : ou bien un gros coup de blues dû au souvenir encore chaud des six mois merveilleux qu’on venait de vivre, cafard accentué par le choc thermique, et décuplé par l’état bizarre ressenti lorsqu’on se trouve en plein jet-lag. Ou alors une transition psychologique entre les deux mondes correctement gérée durant le vol retour, plutôt marquée par la joie de retrouver les parents, les voisins, les copains, la maison et le chat. Et le boulot bien sûr, chef.

Et bien non, j’étais à côté de la plaque. Enfin pas sur tout. J’ai été content par exemple de retrouver tous les parents à Saint-Exupéry. Ils n’ont pas changé (encore que Jacques avait bien meilleure mine ce matin qu’il y a trois mois sur le bateau), ils semblaient autant émus que nous, et les enfants jubilaient de les voir. De même, il y a bien eu un choc thermique en sortant de l’avion par 2°C ce matin, signifié par un juron des plus classiques (p… de m…) alors que mon nez se mettait à piquer. Mais c’est surtout la lumière qui plombait l’ambiance : terminé l’air transparent et les arcs-en-ciel, place au coton gris qui bruine et qui pue (ceux qui étaient dans la région ce matin, vous voyez de quoi je parle). Dernier pressentiment confirmé : l’état de zombie suite au décalage horaire. Il y en a qui y arrivent très bien, moi non : impossible de dormir en avion, surtout pas assis. J’ai bien dû m’assoupir deux fois 15 minutes depuis hier matin, donc je suis un poil en dessous de ma dose de sommeil habituelle. Même au près dans la traversée de la mer des Caraïbes je dormais beaucoup mieux.

Me voici donc à midi franchissant le seuil de notre home sweat home au radar + GPS, vêtu de vieilles baskets qui ont passé 6 mois à moisir dans les cales, d’un futal neuf mais lui aussi sorti tout blet de 6 mois de placard, d’une mauvaise polaire informe, le tout emmitouflant un quasi-clodo bronzé mais cheveux sales, yeux rouges et noirs, dents pâteuses, et cerveau en hibernation. La grande classe. Tout ça pour dire que ma dernière priorité aujourd’hui était de croiser quelqu’un. J’imaginais la scène, en bas de l’immeuble ou au coin de la rue : « hey Sam ! C’est bien toi ? Alors ça y est vous êtes rentrés ? Pas trop dur le retour, t’as une petite mine, ha ha c’était bien ou quoi ? » Gnnnn… Dodo… On en reparle demain. Du coup je me suis bien gardé de mettre le nez dehors, vérifiant que la voie était libre avant de sortir une poubelle trois mètres plus loin.

Autre truc bof, et que j’avais sous-estimé : on est arrivé dans notre (petite, oui mamie je sais) maison avec 11 sacs se répartissant 175 kg, soit un certain volume dans l’entrée. Evidemment, chaque sac contient un beau bordel puisque le but de l’emplissage de la veille n’est pas de trier pour se faciliter le déballage, mais que ça rentre coûte que coûte, avec 12 kg par gros sac et 23 kg par énorme sac. Encore un beau puzzle 3D, facilité par le pèse-bagage électronique miraculeux. Une fois ce bazar étalé au beau milieu du passage, on s’est souvenu qu’on avait passé quelques jours à entasser tout notre appartement dans la chambre de Pauline, en vue de la location a venir. Et donc il faut prouver à Pauline que non non non sa chambre n’est pas un garde-meuble, qu’il y a bien un lit, une dînette et une caisse enregistreuse derrière les cartons. Et puis il nous faut bien remettre en fonction nos murs ! Bref, une après-midi multi-déballage dans toutes les pièces, un foutoir autrement plus impressionnant que lorsqu’on faisait les bagages au mois de juillet, c’est dire. Ceci dit, la maison c’était Verdun, mais comble du luxe : un rôti de veau tendrissime, un Saint-Félicien mère Richard et une galette maison nous attendaient tout cuit sitôt le seuil franchi, merci Monique !

Allez, demain ça ira mieux : je dors 15 heures, je retrouve des fringues de civil, et je tente une sortie matinale à la boulangerie. C’est reparti la vie !

Samuel

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